Définition de la stigmatisation et de la discrimination.

2024

Qu’est-ce que la stigmatisation ?

De nombreuses définitions ont été proposées pour appréhender ce phénomène : la première définition de E. Goffman (1963) fait référence à un processus dynamique de dévaluation qui discrédite significativement un individu aux yeux des autres : « réaction d’un groupe ou d’une société envers des personnes ou des groupes minoritaires, différents ou défavorisés, consistant à attribuer une étiquette qui les catégorise comme déviants ». Cette définition a été complété par Crocker (1968) « attribut ou caractéristique renvoyant à une identité sociale dévaluée dans un contexte particulier » ; d’autres définitions ont été avancées :« façon de caractériser une personne à travers l’attribution de déterminants perçus comme négatifs par la société et qui conduit à la discrimination » (B. Bannon, MSF) ; « une marque de honte, de disgrâce, de désapprobation conduisant un individu à être évité et rejeté par les autres » (OMS).

Certaines approches mettent en avant « un attribut qui discrédite profondément », une marque « d’infamie », une trace, un signe qui relie la personne à des « caractéristiques indésirables », d’autres définitions insistent plus volontiers sur le fait que la personne « cesse d’être une personne accomplie et ordinaire et tombe au rang d’individu vicié, amputé » avec une attention particulière sur le discrédit profond, l’identité dévalorisée et la perte de statut social.

Ces variations dans les définitions semblent liées au caractère pluridisciplinaire des recherches qui, de fait, font appel à des cadres de référence différents et des situations singulières.

Nous retiendrons, en ce qui nous concerne, la définition de G. Thornicroft, qui évoque au sujet de la stigmatisation, un terme complexe faisant référence à un concept multidimensionnel : « une attitude générale de l’ordre de l’injustice et du préjudice induite par la méconnaissance d’une situation ou d’un état et générant des conduites et des comportements de discrimination ».

Thornicroft retient 3 éléments essentiels :

  • Un problème de connaissance (méconnaissance-ignorance)
  • Un problème d’attitude (injustice- préjudice)
  • Un problème de comportement (discrimination- mise à l’écart- exclusion- ségrégation).

La stigmatisation relève ainsi d’un lien étroit entre méconnaissance des principaux aspects des maladies psychiques et une forme de construction sociale au sujet des troubles psychiques qui prend appui sur l’identification, chez une personne, d’une marque distinctive à laquelle est attribué un caractère socialement honteux, en même temps qu’elle confère à la personne une identité sociale.

Link et Phelan insistent plus particulièrement sur le caractère asymétrique de la relation et sur la dimension de pouvoir : « le stigmate existe lorsque les éléments de l’étiquetage, des stéréotypes, de la séparation, de la perte de statut et de la discrimination se produisent ensemble, en même temps, dans une situation de pouvoir qui permet à ce processus de se déployer ».

Par ailleurs, Thornicroft définit la discrimination comme « une distinction injuste dans la façon de traiter différentes catégories de personnes ».

Scharnitzky (2006) évoque, pour sa part, « un acte comportemental ou verbal négatif envers un individu ou plusieurs membres d’un groupe social à propos duquel il existe un préjugé négatif »

Ainsi certains individus, en raison d’une caractéristique (parmi d’autres) vont être traités différemment des autres dans des situations comparables.

Ainsi, il apparait que si la stigmatisation relève d’une dévalorisation de la personne, la discrimination implique une action pour lui nuire ou la mettre à l’écart.

Date de modification : 23 mai 2024

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